La migration des oiseaux

Un phénomène fascinant

Chaque année, à l'automne, des centaines de millions d’oiseaux migrateurs quittent leurs lieux de reproduction et entament un long vol vers leurs zones d’hivernage, parfois situées à plusieurs milliers de kilomètres ; ils effectueront le voyage en sens inverse au printemps.

Ainsi le terme migrateur désigne une espèce effectuant des déplacements saisonniers, passant la période de reproduction et hivernale dans deux régions distinctes, selon un schéma répété d’année en année.

Ce n’est pas directement le froid qui pousse les oiseaux au départ mais le manque de ressources alimentaires. L’arrivée de l’hiver entraîne la disparition des proies ou végétaux dont les oiseaux dépendent pour survivre. Dans nos contrées, la disparition des insectes contraint toutes les espèces strictement insectivores comme les hirondelles à migrer. En Europe du Nord, le gel des zones humides et les fortes chutes de neiges poussent les oiseaux d’eaux tels que les canards ou les oies à glisser vers l’Europe méridionale.

Vol de barges à queue noire en migration
Crédit photo : Julien Gernigon / LPO

Pas tous la même stratégie

Il existe plusieurs stratégies de migration qui s’expliquent par les exigences écologiques (régime alimentaire, habitats) et l’histoire évolutive des espèces.

Chez de nombreuses espèces insectivores comme le gobemouche noir, l’ensemble des individus qui nichent en Europe vont migrer au-delà du Sahara pour passer l’hiver dans les savanes et les forêts tropicales africaines. Cette espèce migratrice stricte est qualifiée de migratrice totale.

Chez d’autres espèces, le comportement migratoire va varier suivant la localisation des zones de reproduction. Chez des espèces à large répartition comme le pouillot véloce, qui niche de la péninsule ibérique jusqu’aux confins de la Sibérie, les individus se reproduisant sous des latitudes élevées vont entreprendre une longue migration qui les conduit sous le climat méditerranéen de l’Europe méridionale. En revanche, ses congénères qui nichent dans le sud de l’Europe vont montrer des déplacements plus courts ou bien des comportements sédentaires. Chez ces espèces où la stratégie de migration varie en fonction des individus et de leur origine géographique, on parle de migrateur partiel.

À chacun son type de vol

Les planeurs (rapaces, cigognes) utilisent le vol à voile : ils exploitent les courants d’air chaud pour s’élever sans effort, puis se laissent glisser jusqu’à l’ascendance thermique suivante. Ainsi, ils peuvent voyager léger et parcourir de très longues distances sans effort. En revanche, le vol à voile ne peut se pratiquer que de jour et sur la terre ferme car les ascendances thermiques sont absentes sur les étendues d’eau. Pour pénétrer en Afrique, ils traversent la méditerranée par ses parties les plus étroites où ils sont contraints de pratiquer un vol battu très couteux en énergie. Les détroits de Gibraltar, du Bosphore et de Messine sont donc des points de passage obligés pour des centaines de milliers de planeurs européens hivernant en Afrique.

Les cigognes blanches sont des migrateurs planeurs adeptes du vol à voile.
Crédit photo : Jacques Dalmau / LPO

Les grands oiseaux de mer (albatros, puffins, pétrels…) vont profiter des masses d’airs déplacés par le mouvement des vagues et ainsi surfer sans effort tout au long de leur périple.

En revanche, d’autres espèces utilisent le vol battu pour parcourir les milliers de kilomètres de leur voyage. Ce type de vol est très consommateur en énergie. Il nécessite donc d’effectuer des réserves de graisse importantes avant le départ mais aussi lors des haltes migratoires. Par opposition aux planeurs, ces migrateurs sont moins dépendants des contions météorologiques et peuvent voler plusieurs jours consécutivement. Ainsi, le courlis corlieu hivernant sur les côtes d’Afrique de l’Ouest peut effectuer sa migration de printemps d’une seule traite jusqu’à son Islande natale, soit 5000 km en 5 jours.

Les passereaux utilisent aussi le vol battu pour se déplacer. Ils migrent avec une plus forte intensité en présence d’un vent arrière. De nombreuses espèces vont privilégier la migration nocturne ce qui leur permet de bénéficier de conditions aérologiques favorables (air frais, faibles turbulences) et d’une prédation limitée.

Il existe également des espèces qui vont pratiquer les vols en V. Chez ces migrateurs grégaires comme les oies, les grues, les cormorans et les canards, cette technique de vol a plusieurs avantages. La formation en V permet aux oiseaux, situés derrière l’oiseau de tête, de profiter de l’aspiration de ce dernier et donc d’économiser de l’énergie. Plus généralement, le grégarisme permet de limiter les risques dus aux prédateurs en multipliant la vigilance et l’attention aux éventuels attaques. Cela permet aussi de migrer en famille comme les oies et les grues et donc de montrer les voies de migration les plus courtes et les zones d’hivernages les plus favorables à la nouvelle génération.

Un périple risqué pour les oiseaux

Au cours de leur long voyage, les oiseaux feront face à un grand nombre de dangers.

Dangers naturels

  • la prédation : principale cause de mortalité durant la migration, principalement pour les passereaux.
  • les vents et tempêtes : ils peuvent déporter sur de longues distances certains migrateurs, en particulier ceux de petite taille.
  • les barrières naturelles : mers, montagnes et déserts.

Le col d’Organbidexka est un lieu d’observation de la migration des oiseaux
Crédit photo : Clive Lachlan

Dangers anthropiques

  • la pollution lumineuse émanant des grandes métropoles est également responsable de nombreuses collisions et désorientations.
  • les lignes électriques et éoliennes causent électrocutions et collisions.
  • la modification des habitats (notamment les zones humides) amoindrit la qualité et la quantité des haltes migratoires, essentielles pour que les oiseaux qui traversent nos pays puissent reconstituer leurs réserves de graisse en prévision de leur prochaine étape.

…qui subit les effets du changement climatique.

Certaines espèces ont tendance à revenir plus tôt au printemps sur les lieux de reproduction. Depuis trente ans, cette précocité atteint 5 à 12 jours selon les espèces. Si les dates d’arrivée des migrateurs sur les sites de reproduction ne coïncident pas avec le pic d’émergence des insectes, la mortalité dans les nichées peut être drastique. Ainsi, additionné aux autres menaces notamment sur les zones d’hivernages, l’avenir d’un grand nombre de migrateurs est incertain dans les décennies à venir.

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